J'lui ai posé un pansement sur le coeur, il a dit qu'il voulait dormir, j'ai effleuré ses ailes il m'a dit qu'il voulait courir, j'ai touché ses lévres il m'a dit qu'il voulait souffrir, j'ai écouté son silence il m'a dit qu'il voulait mourir.
Alors je me suis éveillée, j'ai grandis d'une seule poussée, mes mains tendues vers un orageux destin, celui de n'être personne.
Et malgré moi je l'ai laissé venir, cette chose abstraite avec des bras noueux et la gorge serrée par le fil du temps, qui me criait qu'il n'y aurait justement jamais le temps et que nous êtions pressé, qu'il y'avait une vie à organiser. Je n'ai eu le droit à aucune arme, sinon mon jeune âge, pour le défier de m'expliquer pourquoi je n'avais encore rien réussi à modeler de ma matière.
Il m'a donné des ordres, il a critiqué mon désordre, j'ai eu envie de le mordre mais j'aurais eu tort de violenter le destin, il est si frêle mais si hautain, et si despotique qu'il ne sait même plus pourquoi il commande ce qui est fragile alors qu'il pourrait commander d'indomptables ciels et les cheveux frisés du temps.
Il s'approche de moi, immobile je compte ses pas. Plus il avance et plus il recule, il a la gorge qui brûle, ses pieds s'enlisent, sa poitrine se souléve d'une peur indescriptible, et je menfuis pour ne pas avoir à comprendre, pour ne pas avoir à tout prendre. Il brandis son mot grandir, comme pour bien me montrer que nul n'y échappe, et que même celui qui refuse d'admettre, finit sous une dalle de marbre, avec dans les oreilles encore un peu de sable d'or, melancolique et melodieux.
Je ne veux pas de ses remontrances, je ne veux pas d'une maigre pitance, je veux le monde en noir et blanc, je veux la vie d'un océan, être partout et n'avoir conscience de rien, refléter les anges et prendre un bain, nageant dans ce que je suis sans que la douce mousse me pique les yeux, m'imprégner de mes envies, des émotions que je ne ressens plus.
Je ne veux pas de son offre comprenant l'option automatisme d'une vie, amour affaire et puis l'ennui. Je ne veux plus bailler aux corneilles en pensant que je n'ai rien appris, rien réussi, me persuader que le bonheur se résume à quelques sorties.
Alors je le berce, j'administre les caresses, pr repousser l'échèance, pour croire que le monde tourne un peu autour de mes hanches, me voiler la face, laisser une trace, courir aprés mon ombre, bannir les mots sombres, et s'il y'a espoir que je tue le destin, alors je le prendrais en main. Je serrerai son cou, doucement, avec des mots qui fachent, pour qu'il ait répulsion à s'occuper de moi, et libre enfin, je monterai aux cimes du temps, encore rieuse et toutes mes dents, lui crier que je l'aimais, et que finalement, ça m'plaisait bien quand il m'emmenait, caresser les vestiges du rêve, sentir la nuance d'une trêve.